Moi mécréant ; funambule sur la voie symbolique

Joan Baez – Here’s to you, Nicola and Bart

Au premier abord, le besoin de croire à une (où plusieurs) entité(s) supérieure(s) qui expliquerai(en)t, guiderai(en)t où simplement interviendrai(en)t dans nos destinées et répondrai(en)t à nos questionnements métaphysiques semble une constante répandue dans le monde … Croyez-vous ?

En regardant mieux nous pouvons nous apercevoir que c’est le cas du bassin méditerranéen et donc de notre culture  judéo-chrétienne qui place l’homme au centre de la création, c’est ce que l’on appelle l’anthropocentrisme. Nous retrouvons cela dans les cultures Égyptiennes, Grecques, Latines et bien entendu dans les trois religions qui se réclament descendre d’Abraham.

L’animisme a une place un peu à part dans cette vision du monde,  le chamanisme et le brahmanisme ont une conception  singulière du monde, tous les éléments ont une vie (y compris les éléments inertes) et à la fin d’une vie l’âme se refond dans une autre forme de vie. Cette conception de l’univers est encore en pratique dans certaines parties de l’Afrique, de l’Amérique du sud, l’Inde, etc… mais ces croyances ne se revendiquent pas « religions ».

Comment un simple « cherchant », fusse-t-il franc-maçon, peut-il se positionner dans cet univers ? Vous comprendrez que j’aborde là mon propre questionnement, questionnement qui n’est en rien exemplaire ni dans sa démarche ni dans ses conclusions.

Tout d’abord je revendique le terme de « mécréant » pour plusieurs raisons, il est voué aux gémonies dans les principales religions du livre, condamné aux enfers et on peut même l’y aider à y aller de façon active sans encourir les foudres de Dieu ! … Le terme a en plus pour moi une connotation de chenapan qu’il me plait de revendiquer, cela me rajeunit! Mais au-delà de cette revendication comment suis-je plus à l’aise avec ce concept qu’avec une religion basée sur la notion de l’existence de Dieu ?

Car il y a quelques avantages à croire; pour les croyants sincères: cela constitue le chemin éclairé des préceptes qu’il convient de suivre en société. Moins de cas de conscience donc, la vérité est écrite puisque révélée. Un des points factuels qui m’est apparu c’est que la plupart des croyants  semblent plus sereins, moins inquiets face à la mort d’un proche. En effet, au-delà de la peine, il est rassurant de penser qu’un être cher est dans un paradis, un Éden et que nous le retrouverons plus tard à notre propre mort car, pour peu que l’on soit respectueux des lois divines, les portes du paradis nous sont également ouvertes. L’injustice de la maladie est certes toujours douloureuse mais cette promesse d’éternité aide à supporter l’inadmissible de cette loterie humaine où la faucheuse joue tous les jours à trancher des fils de vie. Alors pourquoi ne pas céder à cette sorte de contrat d’assurance ? : « Je n’y crois pas mais sait-on jamais au cas où il y aurait quelque chose ! » et remplir le cortège des croyants par habitude qui ne pratiquent pas où alors tout à la fin de leur vie augmentant ainsi tardivement le capital investi dans ce type d’assurance ! Pourtant, à ce jour, je persiste : je ne crois pas en un Dieu fusse-t-il un Grand Architecte De L’Univers.

Alors comment s’est opérée cette évolution, que je considère comme une émancipation de ma culture chrétienne d’origine? Mais rien ne vous empêche de la qualifier de régression!

Cela s’est fait par petites touches. Je suis né au milieu du 20ème siècle de parents croyants mais pas dévots, allant à l’église pour Pâques et Noël et lors des évènements qui marquent la vie : baptêmes, communions, mariages et décès.  J’ai été baptisé et ai fait ma communion après un catéchisme que j’avais trouvé plaisant. Au passage, je dois dire que j’avais tout pris au premier degré, mais c’était bien comme cela qu’il m’avait été enseigné. Quid de l’interprétation symbolique, le contenu de la religion a donc été ingurgité comme une histoire réelle, qui faisait ressortir un démiurge « Jésus » comme un grand magicien et une autre entité « Dieu » toute puissante qui voyait tout et pouvait tout. C’est stressant finalement et je ne sais plus trop si c’était un sentiment d’amour où de crainte pour cette religion qui présidait à mon adhésion? Les deux sans doute.

Nous avons là les raisons essentielles de la croyance : l’amour en une philosophie, une doctrine et la peur des punitions promises à ceux qui n’y croient pas. Je passe sur une autre composante éventuelle qui est la foi et qui, puisqu’elle s’impose comme une illumination, ne peut être démontrée et donc combattue rationnellement par la dialectique. La foi m’a épargné, qu’elle en soit remerciée !

Le doute, la remise en cause est venue petit à petit par l’enseignement, la curiosité et l’intérêt pour la science et l’histoire. Encore que cette dernière me fut enseignée elle aussi de façon caricaturale. Comme à tous les petits français, avec un contenu officiel figé et quelque peu orienté …. Tiens …. Comme  le catéchisme finalement ! Et si cette Histoire officielle était, elle aussi, tout aussi superficielle et artificielle ; si nous enlevons le « H » majuscule ne consiste-t-elle pas à nous raconter des histoires écrites, réécrites, des contes, des mythes chargés de forger, de modeler nos consciences à défaut d’un sentiment national?

J’ai eu la chance de croiser un professeur (Paul Roche) qui m’a permis de voir quelques clefs par lesquelles des portes d’interprétations allaient s’ouvrir pour moi. Fini l’histoire écrite par les vainqueurs, fini les « Nos ancêtres les gaulois » et cette version épurée, revisitée de l’histoire qui n’alla que jusqu’à la période de Napoléon III. En effet les hasards de la refonte des programmes scolaires ne m’ont permis d’arriver qu’aux portes de la 3ème République, jamais plus loin. Mais j’avais compris que notre bon Roi Saint Louis qui était représenté, dans mes livres, rendant la justice sous un chêne était également le fils de Louis 8 qui s’était illustré dans les croisades contre les cathares et comme il était très pieux pour ne pas dire dévot, il était devenu un bon symbole à montrer à nos enfant bien avant la séparation de l’Église et de l’État. En oubliant de mentionner que c’est sous son règne que s’installa la sainte inquisition, institution éminemment humaniste et tolérante s’il en est ! C’est sous le règne de Saint Louis donc que les juifs durent porter la rouelle jaune ou rouge, il obéissait au concile de Latran… un visionnaire ce bon roi ; sacrebleu mes manuels scolaires étaient pleins de mensonges  alors?

Des omissions pour le moins dirons-nous. Des arrangements avec l’Histoire en tous cas ; c’est à ce prix que l’on a construit, par des mythes, ce qui concouru à forger le sentiment de communauté nationale et l’exploiter ensuite dans les guerres et autres conflits; ce sentiment est tenace puisque, de nos jours, il concourt au nationalisme qui se transforme aisément en chauvinisme et xénophobie; Jeanne d’Arc quand tu nous tiens ! Dommage que l’enseignement de la République n’ait depuis que peu corrigé son axe d’enseignement pour ouvrir sur la richesse culturelle de l’ensemble de l’Humanité, montrer l’interdépendance de l’ensemble des peuples de la planète et, au-delà, de notre environnement. Cela nous aiderait à bâtir une humanité plus juste et plus éclairée, pourquoi ne pas travailler à une réforme en ce sens ?

Je vous ai cité l’anecdote de Saint Louis, mais il y  en eu bien d’autres de l’histoire de Galilée qui affirmait que la terre n’était pas le centre de l’Univers où bien L’Église décrétant que les femmes n’avaient pas d’âme ! Puis il y eut les dérives du clergé avec ses excès : achat des charges ; luxe voire luxure et débauche qui caractérisent le haut clergé du moyen-âge, le rôle de l’église dans la tutelle d’un pouvoir royal qui maintenait le peuple dans un état de dépendance et de soumission au double pouvoir terrestre et céleste.  J’ai lu et compris que la religion, du moins la mienne, était passée par le filtre d’un clergé plus occupé à asseoir son pouvoir terrestre que de faire rayonner un pouvoir céleste ou une philosophie basée sur l’amour. Ce clergé avait pour cela, au fil des ans, sélectionné les « bons écrits » devenus canoniques et détruit où mis à l’index les apocryphes. Je vous épargne la liste des faits glanés le long de mon adolescence qui ont contribué à me faire douter puis à rejeter la religion.

D’autres auteurs m’y ont aidé ; tout d’abord avec des écrits qui portaient sur les défauts de la nature humaine (« les caractères » de La Bruyère, « Zadig » de Voltaire). Voltaire qui démontra l’inexistence de Dieu tout en renonçant à l’affirmer en conclusion (la peur des puissants de l’époque sans doute). D’autres suivirent Nietzsche ou le précédaient comme Spinoza et plus près de nous Onfray avant son évolution égotique. Je n’aurais donc pas l’impudence d’aller sur le terrain de cette démonstration qu’ils ont fait bien mieux que je ne saurai le faire.

Le ver était dans le fruit, le questionnement, le doute n’ont fait que s’amplifier plus tard dans ma vie adulte. Je suis passé par plusieurs phases, tout d’abord de rejet brutal de par le sentiment d’avoir été berné, manipulé. Puis plus serein en cherchant les causes de ce besoin de croire en quelque chose où du moins de comprendre le sens de notre présence en ce monde, le sens de ma vie, de nos vies.

J’ai survolé d’autres religions, ce qui m’a valu d’accroître ma bibliothèque avec le « livre tibétain des morts », « le livre des morts des égyptiens » « le confucianisme » « le coran » et d’autres, sans succès. Sans  entrer dans les détails, j’ai rejeté de la même façon les trois religions du livre. Le judaïsme où, indépendamment des même racines bibliques et donc bâtie sur le même mythe d’Abraham, se trouve, à mes yeux, une part d’explication des malheurs vécus par ce peuple dans l’affirmation qu’il est  «le peuple élu ».  Combien de massacres décrits dans la Bible se sont-ils effectués avec cette assurance et combien se trouvent en latence dans certains comportements actuels au proche orient? Comment un peuple qui a tant souffert du racisme, de la cruauté humaine et en a payé le tribut du sang, peut-il avoir des comportements d’ostracisme vis-à-vis d’autres peuples?

L’Islam qui a rapidement porté en son sein son propre malheur avec la division en « courants » de pensée antagonistes dès la mort du prophète et qui, en dehors d’un courant minoritaire appelé « soufisme », s’est rapidement éloigné de ce que j’appellerai son âge d’or pendant lequel les sciences de la médecine, des mathématiques, de l’astronomie et de la poésie dépassèrent de beaucoup notre savoir occidental bâillonné et contraint, à l’époque,  par … l’église romaine. Nous devons à des philosophes musulmans tels Avicenne et Averroès , la transmission vers le monde occidental , via le latin, des écrits Grecs tels ceux d’Aristote par exemple. Curieuse inversion des censeurs qui brident aujourd’hui le monde musulman alors que l’occident s’est émancipé politiquement et scientifiquement en soulevant quelque peu la chape de plomb des Églises. C’est bien un fait constant que les religions sont plus un frein qu’un moteur dans la recherche de la Vérité et de l’émancipation de l’Homme…. et équité oblige, encore plus celle de la Femme ! Notre frère Cyril nous a présenté une planche à deux voix, l’année passée, dans laquelle était citée Lilith, première femme créé avant Ève et oubliée de nos jours. C’est assez révélateur de la façon dont l’église a considéré la femme. Lilith était initialement créé à l’égal d’Adam ; dangereuse cette notion d’égalité, elle fut donc condamnée par Dieu à voir ses enfant mourir à la naissance. Sa faute ? N’avoir pas céder à l’injonction de se plier à la volonté d’Adam donné par Dieu, elle symbolise le matriarcat, après sa condamnation vint le patriarcat qui a toujours de beaux restes!

Lilith devient donc démon, serpent qui aurait entrainé la damnation d’Ève par la tentation ainsi que le meurtre d’Abel par Caïn. Tout est dit : le pêché est de la faute de la femme Lilith égale de l’homme et Ève est tirée d’Adam et donc son inférieure; c’est parti pour les siècles des siècles !!!  Merci Cyril pour ce rappel.

Comme beaucoup j’ai cherché vers l’Orient dans le bouddhisme et les autres courants shintoïstes une pensée plus « douce » et « ouverte ». Ce sentiment de douceur était dû à des images quelque peu simplistes sur les attitudes zen et autres aspects visuels porteurs de messages réducteurs véhiculés par la méditation, le yoga et le sourire avenant du d’Alaï Lama. Simplement, la conception du rôle de la femme dans leur société, son absence de besoin d’émancipation, si elle a des points de similitudes avec le christianisme du moyen âge, ne correspond pas à ma vision de son rôle dans une humanité plus juste et plus éclairée. Si je peux avoir de l’empathie pour le peuple tibétain occupé par la Chine, je ne pense pas que le retour à une société moyenâgeuse soit une issue positive pour eux. Pour mesurer concrètement l’ouverture de ces « philosophies orientales » aux autres, il suffit de voir comment aujourd’hui sont massacrées les minorités musulmanes dans ces pays sans que les autorités religieuses ne s’y opposent, au contraire des moines encouragent cette épuration ethnique. Même un prix noble de la paix telle Aung San Suu Kyi se mure dans un silence assourdissant! Et que dire du système des castes indouistes qui enferme l’être humain dans une classe sociale dont il ne pourra jamais s’émanciper ?

Je ne peux énumérer l’ensemble des faits qui ont concouru à mon rejet des religions mais voilà comment je suis donc devenu un mécréant et je m’en accommode !

Cela ne m’a pas empêché de rechercher un sens à ma vie et, bien au-delà, à la condition humaine. J’ai donc remarqué que bons nombres de courants de pensées, de systèmes de réflexion ont existé tout au long des âges et, sans être assimilés à des religions, pouvaient faire l’objet d’un culte où de rites. Ces courants avaient des similitudes dans leurs approches : ils étaient « discrets » et ne faisaient pas de prosélytisme, ils ciblaient, sélectionnaient  les adeptes où initiés. L’entrée d’un profane se faisant par un rituel qui recourait au symbolisme. Le contenu de l’enseignement devait être préservé. L’appartenance à ces sociétés d’initiés était souvent structurée avec des « niveaux » souvent hermétiques et pourvus de rôles bien définis. La méfiance et la défiance par rapport aux pouvoirs temporels où religieux impliquaient une communication essentiellement orale et, quand cela fut possible par l’écriture mais en passant souvent par un codage de l’enseignement, codage qui pourrait se décrire de façon générique par l’hermétisme ou la langue des oiseaux. Cela a comme conséquence de séparer simples croyants et initiés: ceux qui ne lisent que l’enveloppe des mots et non l’âme qui s’y trouve… vaste programme…  Je le limiterai simplement, dans le cadre de ce travail, au fait d’avoir recours à l’analogie, de suggérer, de faire fonctionner les mécanismes de l’ésotérisme dans l’œuvre qui m’importe : l’amélioration de l’Homme et de la société. Je l’ai recherchée cette amélioration dans des engagements politiques et sociétaux avant d’en trouver une prolongation acceptable dans la franc-maçonnerie héritière de ces sociétés discrètes.

L’amélioration de l’Homme, vaste programme ; cet Homme est grand car il rassemble en son cœur, sans qu’il soit question de syncrétisme, l’ensemble des savoirs et concepts universels et particuliers qui transcendent ses possibilités d’actions.

Il n’est pas nécessaire de croire en une religion particulière pour œuvrer à cette humanité plus juste et plus éclairée, au contraire, s’en affranchir rend plus libre, me voilà donc confirmé dans mes abandons passés. Y a-t-il antagonisme entre cette démarche initiatique basée sur le symbolisme, un rituel et un mythe et le rationalisme affiché qui attribue à l’homme la capacité de raisonner et par confrontations dialectiques d’approcher les  vérités ou du moins de leur enlever quelques voiles ? Aucunement, dans le sens où ces enseignements sont porteurs de vérités où de démarches qui concourent à l’émancipation de l’Homme et non d’un obscurantisme rétrograde.

Tout cela est bien beau mais à quoi cela m’amène-t-il ? À être un athée borné ? Un anticlérical ?  Rien de tout cela, du moins je l’espère, mais un cherchant qui avant de prétendre réformer les autres est bien obligé de se construire lui-même et pour cela d’essayer de clarifier la surface sur laquelle poser ma pierre brute ou tendre mon fil d’acier!

La religion a, pour assoir son emprise, substitué à la loi du plus fort la peur du plus haut, ce fut factuellement un des moteurs du développement de notre monde : ceci est un constat et non un blanc-seing bien entendu eut égard aux cortèges de malheurs que cela pu engendrer.

Depuis ce que nous appelons le siècle des lumières, il me plaît de penser que ce nouveau moteur consiste à parier sur la capacité de l’Homme à progresser par sa seule force de réflexion et de persuasion. Utopies peut être mais elles aussi ont fait avancer le monde autant que tous les dieux et les prophètes réunis. L’émancipation continue sa progression lentement et nous voyons, petit à petit, les peuples des États et Royaumes essayer de s’affranchir de ces contraintes religieuses. N’oublions pas que l’histoire avance avec de grandes respirations où l’action est suivie par la réaction, le principal étant qu’après ces mouvements de yo-yo la condition humaine s’en trouve améliorée au final. Clairement le mouvement est en phase de recul de nos jours et les fondamentalistes déistes se font entendre de nouveau toujours accompagnés du cortège de la manipulation mentale, de la menace, de l’intolérance, de la mort.

Mais c’est à une lutte de tous les jours que tout cela nous appelle, une lutte qui nous dicte de nous impliquer encore plus dans nos efforts maçonniques au-delà de la simple assiduité.  Rien n’est définitivement acquis. Je ne suis pas pour autant naïf, je me dis souvent que de se réclamer héritiers des Lumières ne doit pas nous éblouir au point de ne pas voir certaines ténèbres brunes  tenter de ressurgir à la faveur de la crise actuelle. C’est dans ces périodes que resurgissent les vieux démons, la peur et le repli sur soi. Périodes ou peut revenir, en exploitant cette peur de l’avenir : la réaction.

Regardez comment sont attaquées les conquêtes d’émancipation du siècle dernier : le droit à la contraception, à l’avortement; acquis de longue lutte pour les femmes et comment sont moquées les demandes d’égalité entre hommes et femmes. Qui se profilent de nouveau derrière ? Les religions ou du moins les franges les plus intégristes de celles-ci. Nouvelle ligne de mire: le droit de mourir dans la dignité. Quelle magnifique compassion que de se préoccuper de la vie depuis la conception jusqu’à la mort! Sauf que ces mêmes religions sont à l’origine de plus de 80% des conflits de l’humanité depuis la nuit des temps! Alors protègent-elles la vie, ce qui serait noble, ou bien sont-elles indirectement propriétaires de ces vies via le mythe que la vie appartient à Dieu et que lui seul à droit de vie ou de mort. Là aussi la maçonnerie avec ses valeurs de Laïcité, de Liberté et d’Égalité me convient tout à fait et je l’intègre volontiers dans ma spiritualité de mécréant !

Mais qu’en est-il de l’après, en quoi crois-je donc, quels sont mes points d’appui, le fait de ne pas croire en une suite après la mort est-elle une contrainte qui pousse au repli ?

Je ne le pense pas, au contraire, n’ayant pas de perspective de vivre autre chose dans un ailleurs, me permet de me dire que tout ce que je peux, tout ce que je dois faire pour mes proches ou la société, se fera maintenant et pas ailleurs. Je ne compte sur aucune entité supérieure pour s’occuper des miens que ce soit sur terre ou dans un ailleurs.

Je vous l’ai déjà dit, je ne pense pas qu’un Dieu, quelle que soit sa forme et son message spirituel existe. Je suis par contre persuadé que tout se passe comme s’il existait. Je m’explique… dans la mesure où des croyants existent ; leurs pensées, paroles, écrits, comportements sont imprégnés et « orientés » par cette croyance ; cela pouvant aller jusqu’au militantisme voire à l’extrémisme. Donc l’impact de Dieu est bien réel sur le monde hier comme aujourd’hui.

Dieu existera indépendamment de sa réalité tant qu’existeront des êtres humains pour y croire.

Cette « présence » n’est donc pas prête de s’arrêter et nous sommes encore loin du temps où l’Homme croira qu’il est seul, avec les autres espèces et les lois naturelles, responsable de sa destinée et de la marche du monde. L’approche d’une telle ère serait une bonne nouvelle pour l’écologie au sens où la terre ne nous aurait pas été donnée en cadeau de naissance à l’humanité par Dieu. Son état, son devenir est, en grande partie, dans nos seules mains. Rafoller Minicucci ne dit-il pas « Quand l’homme comprendra que c’est lui qui a inventé Dieu et pas le contraire, il commencera peut-être à faire preuve de plus d’humanisme. »

Suis-je pour autant un parfait cartésien ne croyant que ce qu’il voit où se démontre ?

Et bien, nul n’étant parfait, non ! L’ambiguïté, le doute, le questionnement existent en moi, c’est mon coté funambule. Cela ne me perturbe pas pour autant et j’admets des événements non encore expliqués pour moi dans la mesure où ce qui pourrait me les expliquer ne s’insère pas dans ma rationalité. J’ai vu des personnes révéler des capacités inexplicables comme celle de guérir où soulager aussi bien que la médecine classique. Où bien me dire des choses que j’étais le seul à connaître, jusqu’à me prévenir la veille que mon père allait mourir le lendemain…. Ces personnes existent, j’en ai rencontré, et elles attestent que les croyances sur lesquelles s’appuient leurs « dons » sont diverses puisque cela allait, pour celles que j’ai connu, de la religion chrétienne à une approche plus animiste de l’univers en passant par un athéisme avéré ! Ce que je sais c’est qu’il existe des personnes semblables sous toutes les latitudes et les religions, raison de plus donc pour ne pas en valider une seule !

Et si en plus y’a personne


Je n’ai donc pas besoin de croire en une entité supérieure. La façon dont une multitude s’adresse à lui, à eux, pour demander la résolution de leurs problèmes me consterne. Bien sûr je n’ai pas de réponse pertinente ou originale sur le mystère de la vie et son sens, mais les réponses apportées par les religions me conviennent encore moins que d’être dans l’interrogation. Quelle est ma place ? Ai-je une mission sur cette terre ? Bof !   Je me sens redevable à mes ancêtres et ma mission primaire est de pourvoir aux besoins des miens et, dans la mesure du possible, d’œuvrer avec vous pour parfaire la vie en commun. Je ne crois pas que ma petite personne soit un pion sur l’échiquier de l’humanité, lequel serait placé sur les genoux d’un démiurge joueur d’échecs.

J’ai entrevu quelques débuts de réponses dans la physique quantique, mais quand on lit que le prix Nobel (Serge Haroche) dit lui-même, avec humour, qu’il n’y comprend pas grand-chose, je mesure le chemin qui reste à parcourir par les chercheurs ! Einstein lui-même n’étant pas arrivé à maitriser cette mécanique, avait rejeté cette théorie et pourtant ? Comment expliquer notre sensibilité différente face à des couleurs, des tableaux, des airs de musique, des paysages, des bâtiments … et même la rencontre d’un autre, d’une autre ? Que se passe-t-il alors dans la chimie de notre être qui fasse que l’air semble plus pur dans nos poumon, qu’une électrisation indéfinissable semble nous faire entrer dans une parenthèse qui nous abstrait quelques instants du monde qui nous entoure ?  Peut-être l’interaction entre les fréquences des couleurs, des sons, des rapports harmonieux avec notre propre point d’accord, en quelques sortent nous entrons en résonance avec  des lois naturelles. Des lois qui régissent les formes dans la nature dans le règne végétal et animal comme nos ainés bâtisseurs avaient su trouver et transmettre les règles de l’art du trait qui, à partir de la géométrie, permettait de bâtir des merveilles architecturales sans calculs  sophistiqués de résistance des matériaux ? Là aussi la franc-maçonnerie,en particulier à partir du second degré, donne quelques clefs, encore faut-il essayer plusieurs serrures et non la seule prédéfinie dans les ouvrages. Là aussi, il faudra chercher au delà des mots, la quintessence des lois universelles comme nous pourrions le faire avec l’œuvre alchimique en sachant que la quête de l’or minéral n’est pas le but!

J’aime assez une phrase de Dostoïevski qui résume bien mon sentiment et s’il me fallait une devise j’opterai pour celle-ci : « Si dieu n’existe pas alors tout est possible ». Cette citation est souvent prise au sens négatif où, sans Dieu, tout peut arriver surtout le pire. J’en ai une lecture totalement opposée : notre destin n’est pas prédéterminé, nous en sommes maîtres et c’est notre devoir d’influer sur l’avenir de notre humanité et cela ne relève que des Hommes.

C’est la raison pour laquelle je crois que la franc-maçonnerie avec sa méthode symbolique est une voie que mes pas avec les vôtres peuvent emprunter. Croyants, non-croyants, cherchants, réunis dans une même quête. Une condition toutefois, l’entrée en maçonnerie n’est pas l’aboutissement d’une vie, c’est le début d’un engagement désintéressé pour un but lointain que nous ne verrons pas : l’avènement d’une société meilleure et plus éclairée. Pour y travailler il faut livrer son cœur, ses pensées sans fard ni effet oratoire, y être sincère et échanger pour obtenir le meilleur résultat que puisse donner une saine dialectique maçonnique : l’enrichissement mutuel. Ce que je perçois c’est qu’en franc-maçonnerie comme dans nombre d’entreprises humaines, on ne reçoit éventuellement que dans la proportion de notre investissement personnel. En franc-maçonnerie il n’y a pas de révélation, de foi, rien que du travail qui peut, qui devrait, avec un peu de chance, nous faire percevoir notre salaire.Le travail premier étant celui que l’on doit effectuer sur soi même.

Alors ce chemin je l’ai imagé, tel un funambule, sur un fil d’acier tendu sur le vide. Chaque pas est accompagné d’un doute, l’équilibre s’assure par le travail sur soi qui réagit à l’environnement, aux vents de l’histoire, des faits. Heureusement le funambule peut s’aider d’un appui sur l’air. Cette aide ce sont  mes proches, ceux qui me sont chers, vous peut être; c’est grâce à cela que j’arrive à avancer sans trop vaciller. Il arrive qu’un appui vienne à faiblir, à céder et je me retrouve bloqué à douter du chemin accompli et de l’intérêt de le poursuivre. Je lève alors le regard vers le but et essaie de retrouver le courage d’avancer à nouveau, quelquefois à deux doigts de renoncer. Ce fil, je sais que j’en tomberai un jour sans avoir pu aller au bout ; le tout est de le savoir, de l’admettre et alors tout redevient serein pour quelques temps. Comment s’effectuera l’arrêt de ma marche incertaine? je n’en sais rien ! Le fil cassera-t-il brusquement ou bien en descendrai je fatigué non du trajet accompli mais du chemin immense qui reste à explorer? Des frères proches en sont tombés … les turbulences sont alors fortes et contagieuses.  Alors les yeux fixés vers cet  horizon fuyant, cherchant l’éternelle étoile dont je me suis choisi le sens, pas trop brillante pour ne pas m’éblouir, pas trop terne pour ne pas la perdre des yeux ; je tente de rétablir mon équilibre. Car une des difficultés consiste à essayer d’y voir clair dans un monde ou les manipulations, les hochets agités sous nos yeux sont destinés à brouiller notre réflexion et perturber notre clairvoyance.

De cela il faut régulièrement faire l’exercice de débarrasser notre esprit de ces scories.

De cela j’aimerai que l’on parle plus souvent : manipulations médiatique, politique, religieuse, économique, qui vise à diviser, à opposer les êtres humains alors que l’avenir de l’Humanité nous pousserait à cohabiter sur une terre qui souffre de notre stupidité. Bien sûr cela alimente les conflits, les guerres, engrenant la mécanique du ressentiment meilleur terreau des conflits futurs ; mais l’industrie de l’armement tourne à plein et des fortunes s’épanouissent. La terre est par définition finie, alors nous nous battons pour exploiter, préempter, les ressources fossiles et minières des pays qui ne sont pas en capacité de se défendre. Même l’eau, richesse vitale est l’objet de projets de captage et de détournement. L’alimentation est contrainte, organisée par des entreprises qui étendent leur monopole. Les semences « locales » sont interdites, des manipulations génétiques, sous le couvert d’éradiquer la faim dans le monde,  rendent les paysans prisonniers de leurs semenciers puisque les fruits obtenus sont stériles.  C’est l’absurdité et la négation de l’agriculture raisonnée. Les grands groupes sillonnent la terre pour trouver auprès de peuplades des nouvelles molécules pharmaceutiques pour les breveter ; résultat toute utilisation de cette molécule vaudra son pesant de royalties et, aberration suprême, les peuples qui les utilisaient sans en payer les droits seront condamnés s’ils les utilisent de façon naturelle!

Nous avons même marchandisée la pollution en créant des quotas; pour réduire celle-ci me direz-vous ? Non pas, pour que les pays riches puissent acheter des droits à polluer aux plus défavorisés ; ce n’est pas ma conception de la solidarité. Et nous pendant ce temps nous avons journellement la tête emplie de sondages, d’indices, de pourcentages sensés nous expliquer la vraie vie ! Tout cela pour faire fonctionner un vaste marché mondial dont les rouages tournent grâce au sang, à la sueur et à la peur ;… tiens… comme la religion !

Marché présenté comme le grand régulateur. Alors qu’il est le fruit à plus de 90% d’algorithmes, un des prochain crash viendra du dérèglement ou d’une erreur de ces logiciels et les victimes seront nombreuses à payer cette folie comme pour les subprimes. L’aberration est de faire passer comme une science exacte l’économie qui n’est qu’une méthode au service d’un projet. Cela nous est présenté comme une nouvelle religion tout aussi juste et implacable avec ses lois, ses paradis et ses sanctions ; nous aurions même pu inscrire dans notre constitution une règle (les fameux 3%) relevant d’une erreur initiale de calcul ! Comme une religion je vous dis, bâtie sur des affabulations. Rappelons-nous simplement d’où vient la dernière crise qui percute notre continent et devient l’alibi pour déstabiliser notre système social? D’une spéculation financière éhontée d’outre atlantique ou l’on voit, entre autres, un établissement cumuler le pouvoir de noter les entreprises, les pays et spéculer sur les dettes publiques en accumulant les malversations (erreurs de calcul manifestes, trucages des comptes, valorisation de produits toxiques, qui est à l’origine de la crise des subprimes, condamnée par les justices australienne et américaine et qui continue à faire la pluie et le beau temps sur la finance mondiale…

Il faut laisser les métaux à la porte du Temple, j’en suis d’accord, mais il ne faut pas méconnaître les faits qui engendrent la destruction des sociétés les plus avancées socialement.

Nous fêtons notre frère Victor Schoelcher avec raison mais aujourd’hui nous consommons hypocritement des produits issus de l’esclavage moderne ; la différence ? C’est le travail qui est allé vers eux dans des conditions, eu égard à notre époque, tout aussi scandaleusement inhumaines et non la main d’œuvre qui s’est déplacée !

Tout est basé dans notre monde sur la communication et son exploitation ; de l’espace de cerveau disponible disent-ils cyniquement! Cet espace que l’on comble avec des amusements télévisuels ou des addictions en tous genres, dont il est difficile de s’extraire. Mais force est de constater que son effet anesthésiant sur nos consciences est efficace.

La vision, le sens, le projet a laissé place au marketing, les citoyens sont devenus des cibles qu’il convient de capter par des slogans, des caricatures. De ces caricatures nous arrivons par des simplifications aberrantes à une vision sectaire, partisane des faits, ce qui fait, au passage, monter les positions extrêmes et exacerbe, crise aidant, les tensions entre citoyens de façons dangereuses.

Des évènements majeurs se succèdent de façons de plus en plus rapides ; c’est la spirale de l’Histoire condamnée à tourner de plus en plus vite de par l’évolution des sciences et techniques. Notre méthode de travail maçonnique met au minimum trois ans pour réagir collectivement nous obligeant parfois à émettre un avis qui n’est pas le fruit du débat collectif ; nous avons la chance d’avoir des conseillers de l’ordre « éclairés » mais cela a ses limites. Nous nous devons d’être aussi efficaces et réactifs qu’un « think tank »  au risque de voir notre rôle relégué au niveau d’une association folklorique.

Comment prétendre vouloir améliorer l’Homme et la société si nous nous satisfaisons de ce contexte ? Je souhaiterai que nous en parlions plus souvent en Loge. Je sais que l’équilibre entre les contraintes administratives et fonctionnelles d’un atelier relèvent d’un exercice compliqué, mais  la maçonnerie est un lieu idéal pour parler de ces vrais problématiques. Ensemble, avec nos différences, nos idées, dans le respect des intervenants, nous pouvons, nous devons, nous saisir de ces sujets vitaux pour nos enfants et la société plus juste que nous souhaitons. Ne pas aller dans ce sens serait, à mon avis une erreur et la renouveler une faute. De celle qui serait susceptible de me faire tomber de mon fil ?    Peut-être.

La vie sur terre s’est développée, complexifiée, par coopération entre les molécules, les bactéries ; c’est cette complémentation qui a créé la complexité et le merveilleux de la vie. C’est à partir de là qu’un ensemble est toujours plus riche que la somme des éléments qui le composent. Cela est valable pour la chimie moléculaire mais également pour l’Humanité. Il nous faut affirmer, que pour nous francs-maçons et en ces temps, que l’étranger n’existe pas : nous sommes tous les hôtes provisoires de la terre ; elle n’est pas notre propriété et les différences de cultures, de nationalités, d’identités, de croyances, si elles existent en effet, ne sont que la création de l’homme lui-même et donc des classifications imparfaites. Je sais qu’énoncer cela en des temps de crise ou le repli est un mauvais réflexe de survie et ou beaucoup font leurs lits en attisant les instincts  les plus primaires n’est pas gagné d’avance ! Il nous faut faire le pari que le changement des individus, et au premier chef des maçons, est la condition sinequanone du changement de la société.

Alors si nous pouvons ensemble travailler à ce chantier ; par l’enrichissement de nos différences, par la transmission et surtout notre fraternité qui doit passer par une solidarité et une confiance sans faille mais sans complaisance. L’honnêteté est essentielle, elle évite de tendre son fils vers des chimères  ou des impasses. Avancer est le but mais pas n’importe lequel, ….. pas à n’importe quel prix. J’aime le symbolisme pour ce qu’il est utile par analogie dans le raisonnement mais pas pour le plaisir des mots, un peu comme un artisan aime les outils pour œuvrer et non accrochés aux murs en décoration intérieure!

Nous restons bercés par l’histoire et l’auréole de ce qu’a réussi à faire la franc-maçonnerie par le passé ; cette aura est la raison majeure du regain d’intérêt des profanes aujourd’hui pour la franc-maçonnerie. La crise et le rejet du discours ou plutôt des pratiques politiques poussent une part importante des citoyens à la démission, elle se manifeste par l’abstentionnisme et le vote dit « protestataire » ; bien qu’il le soit de moins en moins. Si des citoyens se tournent vers nous, tant mieux, mais attention si le travail ne correspond pas un tant soit peu à cet idéal d’une association qui se veut avoir une action proactive sur la société ; nous allons au-devant de doutes et de désillusions qu’il ne me plairait pas de vivre.

Voilà l’axe, le sens, vers lequel je souhaiterai que nous tendions nos fils. Peu importe sur quoi sont tendus ces fils : croyances, idéaux politiques, philosophiques, si nous sommes de bonne foi dans notre engagement maçonnique nous arriverons mutuellement à penser « plus juste » face à ces systèmes qui formatent et manipulent nos comportements ; je dirai même qui stérilisent notre réflexion.

La voie symbolique est une voie puissante, encore faut-il quelle mène quelque part, faisons en sorte que ce soit dans le sens de nos valeurs républicaines de Liberté, Égalité et de Fraternité et cette voie j’y crois encore!


Je vous ai ouvert un coin de mon parcours de mécréant et j’attends avec impatience que vous m’instruisiez de nos différences …

JC DUR

3_La bête immonde .

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