Le développement durable est-il un frein ou une chance pour une mondialisation équitable ?
La notion de développement durable généralement acceptée est celle du rapport Brutland, énoncée en 1987 par le Premier Ministre de Norvège «Un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».
La traduction française ne recouvre pas entièrement le sens du mot anglais « sustainable » qui introduit la notion de transmission et de continuité du mouvement.
Le concept de mondialisation est resté longtemps cantonné au champ académique, il se généralise au cours des années 90 d’une part sous l’influence des thèses d’émergence d’un « village global » portées par le philosophe
Marshall Mc Luhan, et surtout plus récemment par le biais des mouvements anti et alter-mondialistes qui attirent, par leur dénomination même, l’attention du public sur l’ampleur du phénomène. La notion d’équitable est prise dans le sens de juste partage.
A l’horizon 2050, 9 milliards d’êtres humains peupleront la planète. Un terrible déséquilibre existe aujourd’hui entre les 10% de la population mondiale, se trouvant en majorité dans les pays industrialisés et les 90% vivant sous le seuil de pauvreté. Le développement durable est un concept défini par des institutions européennes, (les 10%) et que les 90% se
démènent pour assouvir les besoins fondamentaux de l’homme, à commencer par simplement se nourrir. Une première constatation s’impose : Le développement durable est « un problème de riches », mais qui concerne surtout « les pauvres ».
Le développement implique la croissance économique ou, pour simplifier de « capitalisme » dans son acception économique et non politique. L’hypothèse selon laquelle les plus riches doivent abaisser leur train de vie pour en faire
bénéficier les plus pauvres relève de l’utopie et semble inapplicable. S’appauvrir pour permettre aux plus pauvres de se développer n’entre pas dans les considérations actuelles des Etats, des entreprises, des citoyens. Les études menées dans les années 70 par le M.I.T (la croissance zéro) en sont la démonstration. En effet, la mondialisation est par essence inéquitable, car elle est le fruit d’un modèle économique basé sur un retour sur investissement rapide, voire immédiat, un rapport de force permanent où le principe de concurrence prime sur le long terme. Ainsi, les pays les plus riches baissent
leurs charges en délocalisant leur production à plus faible Valeur Ajoutée vers les pays où la main d’œuvre est nombreuse, peu exigeante et surtout pas chère du tout. Mais cette délocalisation peut être aussi une opportunité.
Certes, « l’exemple vient d’en haut », c’est-à-dire, dans les esprits, des pays « riches ». Il suffirait finalement d’imposer des mesures d’économies d’énergie, de production non polluante, ou d’agriculture raisonnée aux 90% et le tour serait joué.
C’est oublier que ces mesures sont extrêmement coûteuses, souvent hors de portée financière des pays sous développés ou en voie de développement. Et puis, de quel droit les pays « riches », pourraient imposer de telles mesures ? C’est là une attitude comparable aux visions colonialistes qui avaient cours il y a peu…
En revanche, les pays riches disposent d’un potentiel d’innovation très important. L’innovation, prise au sens le plus large n’est pas seulement technologique. Elle couvre aussi le domaine des pratiques. C’est à ce titre que le transfert de bonnes pratiques peut être un commencement. Les collaborations entre chercheurs, universitaires, de différents pays « riches » et « pauvres »laissent présager une évolution des pensées. Déjà, une économie de marché équitable a vu le jour, initiée par des industriels « capitalistes «. Par des actions de type « commerce équitable », elle introduit dans les relations de commerce une notion jusqu’alors absente de l’économie mondiale (la vraie, pas celle des théoriciens) : l’éthique.
A ce titre, les Francs-maçons ont leur rôle à jouer, leur mot à dire, des actions à mettre en œuvre.
Sur la base d’une équation qui serait la suivante :
Mondialisation équitable = économie de marché + éthique dont le moteur serait la recherche et l’intelligence.
Pourquoi une économie de marché ? Parce qu’il faut que les financiers – et financeurs potentiels – du modèle économique défini y trouvent leur compte.
Enfin, pour soutenir la mise en oeuvre d’une véritable politique de développement durable, et répondre à la question d’une possible « mondialisation équitable », il faut se doter d’un texte fondateur, à l’instar de la déclaration des droits de l’homme. Un texte porté par les Nations Unies par exemple, relayé par les états, déployé par les gouvernements, accepté
par les grandes entreprises et ainsi de suite… Un point de départ « universel ». A cet effet, le politique ne doit-il pas s’imposer sur l’économique de sorte que la mondialisation ne devienne pas la victoire des plus puissants. L’idée de la mise en place d’une structure mondiale d’essence démocratique est proposée qui assurerait le respect des droits universels de la personne humaine, dont l’éducation à l’échelle planétaire constitue un facteur décisif de progrès et de développement durable.
En conclusion, le développement durable est une incontestable opportunité pour une mondialisation équitable, à la condition d’intégrer l’éthique dans l’économie, qui doit rester une économie de marché. Pour cela, une approche
consistant à exploiter et partager les capacités d’innovation des plus riches et des plus « pauvres » pour mettre en œuvre les meilleures pratiques de développement semble envisageable durablement. La proposition d’un texte fondateur, universel, la volonté politique des états au travers des institutions mondiales, voire de la création d’une gouvernance globale
d’essence démocratique s’inscrivent dans la logique d’un développement durable de notre planète, dont le maillon essentiel est l’éducation. La Franc-maçonnerie par son caractère universel, porteur des valeurs humanistes et progressistes est au cœur de ce qui constitue un défi pour la survie de l’humanité.
Rapport régional Alpes Côte d’Azur